La conversion entre CV, kW et chevaux fiscaux génère une confusion persistante. Ces trois valeurs désignent des réalités distinctes : une unité de puissance mécanique (le cheval-vapeur ou ch DIN), une unité du système international (le kilowatt) et une valeur administrative calculée par une formule propre à l’État français (le cheval fiscal, noté CV sur la case P.6 de la carte grise). Comprendre leurs relations permet d’anticiper le coût d’une immatriculation, d’une assurance ou d’un barème kilométrique.
Puissance en kW sur la carte grise : ce que la case P.2 mesure vraiment
La case P.2 du certificat d’immatriculation affiche la puissance nette maximale du moteur exprimée en kilowatts. Pour un véhicule thermique, cette valeur correspond à la puissance mesurée selon un protocole normalisé, moteur équipé de tous ses accessoires de série.
Pour les véhicules 100 % électriques, la donnée inscrite en P.2 n’est pas la puissance de crête annoncée dans les fiches commerciales. C’est la puissance nette maximale sur 30 minutes, nettement inférieure au pic instantané. Un moteur électrique capable de délivrer plus de 300 kW en pointe peut ainsi n’afficher qu’une valeur bien plus basse en P.2, ce qui réduit directement la puissance fiscale calculée.
Cette distinction a un impact financier direct. Deux véhicules électriques dont les fiches techniques affichent une puissance de crête comparable peuvent avoir des puissances fiscales très différentes si leurs courbes de puissance soutenue divergent.

Formule de calcul des chevaux fiscaux : kW, CO2 et ce qui a changé
La formule utilisée pour déterminer la puissance fiscale d’un véhicule thermique a évolué. Plusieurs textes citent encore l’ancienne relation intégrant les émissions de CO2 et la puissance en kW, du type : PF = (CO2/45) + (P en kW/40)^1,6. Cette formule liait directement le taux d’émissions polluantes au nombre de chevaux fiscaux.
Depuis 2020, une formule révisée a été mise en avant par l’administration. Elle ne dépend plus des émissions de CO2 pour le calcul de la puissance fiscale, mais uniquement de la puissance en kW, selon une relation polynomiale :
CV = 1,80 x (kW/100)² + 3,87 x (kW/100) + 1,34
Le résultat est arrondi à l’entier le plus proche. Cette formule s’applique aux véhicules thermiques récents. En revanche, certains sites spécialisés continuent de présenter l’ancienne formule comme étant en vigueur, ce qui crée une incohérence pratique pour les automobilistes cherchant à estimer leur puissance fiscale avant l’achat.
Conversion kW en chevaux DIN
Le passage des kilowatts aux chevaux DIN (ch) repose sur un facteur fixe. 1 ch DIN équivaut à 0,7355 kW. Pour convertir des kW en chevaux DIN, il suffit de diviser la puissance en kW par 0,7355. Un moteur de 110 kW développe donc environ 150 ch DIN.
Cette conversion est purement mécanique et ne dépend d’aucun paramètre administratif. Elle reste identique quel que soit le type de motorisation (essence, diesel, hybride, électrique).
Tableau de conversion kW, chevaux DIN et chevaux fiscaux
Le tableau ci-dessous met en regard la puissance en kW, son équivalent en chevaux DIN et la puissance fiscale obtenue par la formule polynomiale (sans CO2).
| Puissance (kW) | Chevaux DIN (ch) | Chevaux fiscaux (CV) |
|---|---|---|
| 40 | 54 | 3 |
| 55 | 75 | 4 |
| 70 | 95 | 4 |
| 85 | 116 | 5 |
| 100 | 136 | 5 |
| 110 | 150 | 6 |
| 130 | 177 | 7 |
| 150 | 204 | 8 |
| 185 | 252 | 10 |
| 220 | 299 | 12 |
On observe que la puissance fiscale progresse plus lentement que les chevaux DIN. Passer de 110 à 220 kW double la puissance mécanique, mais la puissance fiscale passe de 6 à 12 CV. Le terme quadratique de la formule ne pèse que modérément sur les motorisations courantes.

Taxe régionale et prix de la carte grise : où les chevaux fiscaux pèsent
Le coût du certificat d’immatriculation dépend directement du nombre de chevaux fiscaux inscrit en case P.6, multiplié par le tarif unitaire fixé par chaque région. Ce tarif varie sensiblement d’une région à l’autre.
Les éléments qui entrent dans le calcul du prix total de la carte grise :
- La taxe régionale (nombre de CV x tarif du cheval fiscal dans la région d’immatriculation)
- La taxe sur les véhicules polluants (malus écologique), calculée sur les émissions de CO2 et non sur la puissance fiscale
- La redevance d’acheminement et la taxe de gestion, dont les montants sont fixes
Pour les véhicules électriques, la plupart des régions accordent une exonération totale ou partielle de la taxe régionale. Cette exonération, combinée à une puissance fiscale calculée sur la puissance soutenue (et non la puissance de crête), rend le coût d’immatriculation d’un véhicule électrique puissant nettement inférieur à celui d’un thermique de puissance mécanique équivalente.
Barème kilométrique et chevaux fiscaux : le plafond à connaître
Le barème kilométrique publié par l’administration fiscale utilise la puissance fiscale pour déterminer le montant déductible des frais réels. Ce barème est plafonné à 7 CV fiscaux. Un véhicule de 10 ou 12 CV ne permet pas de déduire davantage qu’un véhicule de 7 CV.
Ce plafonnement change la donne pour le choix d’un véhicule professionnel :
- Au-delà de 7 CV fiscaux, l’avantage fiscal ne progresse plus, mais le coût de la carte grise et de l’assurance continue d’augmenter
- Un véhicule électrique affiché à 6 ou 7 CV fiscaux (grâce à la puissance sur 30 minutes) peut offrir une puissance mécanique réelle bien supérieure à celle d’un thermique classé au même niveau fiscal
- Le barème kilométrique majoré pour les véhicules électriques améliore encore l’avantage comparatif dans cette tranche
La puissance fiscale n’est donc pas qu’un nombre sur la carte grise. Elle conditionne le montant de la taxe régionale, le coût de l’assurance (qui intègre souvent le nombre de CV dans ses critères de tarification) et le plafond de déduction fiscale. Choisir un véhicule juste en dessous d’un seuil de puissance fiscale, plutôt que juste au-dessus, peut représenter une économie cumulée significative sur la durée de détention.

